Salle Pleyel, ce soir

Le Monde, samedi 5 janvier 2013

Ce soir, l’orchestre de Radio France va créer la dernière œuvre de Vincent Samon, sous la direction de Jeanne Ramant, avec le pianiste Bruno Steim en soliste : tentative de concerto 28 de Mozart.

Vincent Samon, soixante ans, doit sa renommée à ses Promenades Symphoniques, lancées dans les années quatre-vingt ; ces dernières ont marqué toute une génération de musiciens par la variété des modes utilisés et l’ingéniosité des orchestrations mêlant les instruments classiques et les ordinateurs. Le compositeur fait figure de sommité dans le monde de la musique où on le considère encore comme avant-gardiste. Il compte une centaine d’œuvres jouées régulièrement dans le monde entier.

Pourquoi avoir accepté ce projet?

Jeanne a créé mes derniers travaux. Lors du dernier concert en mon honneur (création de Promenade Symphonique n°72), elle m’a proposé ce petit exercice de style en apparence anodin ; j’ai accepté sans trop y réfléchir et, je dois l’avouer, avec une certaine excitation. Mozart : retour à l’ABC de la composition. Cela promettait d’être amusant, divertissant… seulement voilà : décrypter la méthode de création du « fossile », comme le décrivait Saint-Saëns,  dépassait le pur cadre technique rabâché au conservatoire.

Vous voulez dire que vous avez éprouvé des difficultés inattendues? 

Jeanne avait été claire : il ne s’agissait pas d’écrire comme,  mais du Mozart ; ça, je ne l’ai perçu que plus tard, alors que je tentais des combinaisons de tonalités et de tempi et collectais des idées d’ornementations et de développement.

Pourtant vos compositions sont habituellement admirées pour leur audace et leur complexité. Est-il difficile de faire moins?

Il s’agissait de faire tout avec moins. L’orchestre classique est constitué par un faible nombre de musiciens et donc chaque élément prend une importance démesurée. De plus, je me suis senti désemparé par les limites des règles de la musique classique que j’avais détournées depuis ma sortie du conservatoire au point de les occulter presque naturellement. Tout cela me paraissait sec et rigide. Je ne parvenais pas à me convaincre que tant de règles pourraient me permettre de créer. Et pourtant… Écrire du Mozart fut une sorte de psychanalyse.

Pourquoi un Concerto?

Après des mois de tergiversations et quelques rappels de Jeanne, j’ai décidé d’écrire le 28ème concerto pour piano et orchestre de Mozart. Le choix de ce type de composition a été dicté par le simple fait que mon ami Bruno Steim m’a proposé de rejoindre l’aventure ! Je me suis dit qu’à deux nous parviendrions bien à bout de Mozart ! Ce serait en La mineur – car cette tonalité basique n’a pas été utilisée par le compositeur. Une approche simple et classique en trois mouvements, allegretto, adagio, allegro.

Comment s’est déroulée l’écriture?

La composition du brouillon du premier mouvement m’a seulement demandé une semaine complète. Associer un thème harmonique et un thème mélodique à la dominante ne m’a pas causé trop de difficultés. C’était un travail formel et logique. L’aide de Bruno Steim a été déterminante. Nous nous sommes beaucoup amusés à trouver le dialogue entre le piano et l’orchestre. Quand l’orchestre a joué cette tentative pour la première fois nous avons été très émus, sans pour autant être satisfaits. C’était très formel et ne donnait pas l’impression de raconter  une histoire, comme dans les concertos de Mozart, où les différentes voix semblent incarnées et évoluent dans l’œuvre. Néanmoins c’était encourageant. A force de travail et de corrections le résultat est digne de Mozart, j’ose l’affirmer. Les vrais difficultés sont arrivées ensuite avec l’adagio.

D’où le titre de votre œuvre «  tentative »?

Oui. Je me suis résolu à faire évoluer le propos vers un terrain qui m’est familier. Le Concerto commence donc comme du Mozart et fini à la Samon! C’est à proprement parler « déconcertant ».  J’aime beaucoup le résultat qui au fond raconte mon échec. C’est assez paradoxal, je le concède, mais cet échec est une sorte de réussite.

Que s’est-t-il passé?

J’ai beaucoup cherché de combinaisons pour l’adagio sans jamais parvenir à reproduire un sentiment. Le mot n’est peut-être pas le bon. Disons que malgré tous mes efforts, je n’ai pas trouvé comment exprimer ce qu’offre l’écoute des Concertos de Mozart : la noblesse, l’élégance, ou encore cette impression de  mélancolie douce et contemplative si caractéristique. Je ne suis pas capable de composer une petite voix déchirant l’espace sombre de la nuit, comme dans le K488, et il ne m’est définitivement pas donné d’élaborer une musique qui équilibre parfaitement l’inquiétude et l’espoir.

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