Genève, un soir d’hiver

 

Le jet puissant et diaphane pénètre droit dans l’air sombre et moite – il neige. Il chatouille lentement les flocons épais qui étreignent irrémédiab

lement les montagnes puissantes. Elles transpirent, ruissellent de torrents ; torrents qui glissent vers le lac Léman ; lac dont

la peau lisse laisse échapper quelques frissons, surtout là où le souffle haletant du ciel le caresse. Les montagnes sont joyeuses de ce qui se passe, cela se sent. Leurs positions varient les plaisirs, leur émoi se partage, et elles appellent le regard à se poser sur les milliers de reflets brillants, dorés, et ravissants des chalets qui parent leurs gorges déployées, ou encore les replis amples de leur peau de granit.
Il fait froid, mais comme il fait bon dans cette harmonie aux mouvements lents, réguliers et généreux. Tout cela va se figer dans la nuit et, demain, des coulées de glaces resplendiront dans une immobilité transparente traversée de jets de soleil, mais pour l’instant j’attends, et dans l’attente j’admire. Mes pieds sont gelés et le froid a traversé les couches épaisses de vêtements qui m’avaient semblé être suffisantes pour affronter l’hiver, fourbe et finalement plus vigoureux qu’il ne le laissait paraître. Pourtant j’admire, et je sens tout mon être s’intégrer dans l’expression de la force vitale des éléments. Je n’en fais même plus partie : je suis eux.
Les cloches sonnent. Il est bientôt l’heure.  Je me détourne du jet et du merveilleux spectacle pour me diriger vers la gare. Sans regret : Marie va enfin arriver.

Ça ne va pas du tout. Pourquoi m’être engagé dans cette galère. Moi qui croyais qu’écrire un Harlequin était simple. Mon œil, oui… Ils me demandent une histoire d’amour à Genève. Mais qu’est-ce que je connais, moi, de Genève? Qu’est-ce que j’en sais si on voit les montagnes imposantes quand on regarde le jet? Il me faudrait y aller pour voir ou demander à un genevois, mais si j’en suis réduit à écrire ces putains d’Harlequin c’est que je ne peux pas me payer le billet et, j’ai beau chercher, je ne connais aucun Suisse… bref, je suis dans la merde. Bon, il est l’heure : je vais chercher les enfants.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s