Phrases surgies dans le metro

Règle de cette semaine : laisser les mots s’imposer à moi. Ne pas développer. Ne pas déranger l’ordre que les phrases ont choisi pour apparaître.
….
Il n’y a plus de poisson dans la mer. Demain, je crée mon potager.

Les abeilles sont de moins en moins nombreuses. J’arrête de consommer du miel et j’achète du Nutella.

Le travail permet de s’accomplir. Je me sens vide depuis que je travaille. Le vide, c’est l’accomplissement.

Il est beau. Je suis belle. Ça ne marchera pas entre nous.

Puisque fumer tue, je vais mâcher mes cigarettes.

Le Coca light est nocif. Je passe au Fanta light.

Le light est nocif. Je repasse au Coca normal.

Le Coca est nocif. J’arrête de boire…

Il y a trop de particules fines dans l’air. Je sors avec mon parapluie.

Il faut cultiver son jardin. Faut-il aussi l’éduquer?

Le savoir, c’est le pouvoir. Le pouvoir de quoi?

Il fait froid. Je pense au Mali et j’enfile mon manteau.

Je suis heureux, alors je culpabilise et je suis malheureux, alors je relativise et je suis heureux, mais un peu moins, donc je suis malheureux, ainsi de suite jusqu’à arriver à un équilibre où je ne suis plus rien.

Je possède tout ce que je veux mais ressens le besoin d’avoir encore plus. Mais quoi puisque j’ai déjà tout?

Les fleurs sur les tombes fanent au rythme des corps qui se décomposent. Je préfère cela aux éternelles copieuses issues du pétrole.
….
Il neige sur les fleurs précoces du cerisier. C’est très beau, alors je fais une photo pour Facebook.
Demain les fleurs seront mortes de froid.

J’aime prendre beaucoup de photos pendant mes vacances. Je les impose à mes amis de Facebook et ne les partage plus avec ma famille… ils n’ont qu’à être mes amis sur Facebook.

Il semblerait que nous arrivons à la fin d’une époque et que de grands bouleversements nous attendent. J’ai l’impression que mes parents, leurs parents, les parents de ceux-ci ont pensé la même chose.

Cette attente me paraît aussi inutile que la peur de mourir. Il faut vivre. Il faut vivre. Il faut vivre (dans le « faut » il y a déjà l’immense difficulté de la mise en application, ce qui confirme que là est bien ma priorité).

Un vide.

Entre deux stations de métro je regarde les câbles qui les relient.
….
Station République : 70 ans = 70% de réduction.

Les gens dans le métro lisent ou rêvent. Moi, j’écris. Bref, personne ne se regarde.

J’aimerais parler avec tout le monde, mais je ne sais jamais quoi dire. Un jour, je me mettrai à écouter.

Jeudi de la saint Valentin. Mon amour n’est pas pour l’écriture.

Vendredi, je relis. Je ne touche rien de ce charabia un peu facile. J’aurais voulu plus de fulgurance. Ami lecteur, pardonne-moi. Peut-être y a-t-il un incipit à développer… qu’en penses-tu?
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5 réflexions sur “Phrases surgies dans le metro

  1. Pingback: Livraison de la semaine | difference propre

  2. J’en pense, ami écriveur, que, étant très skolaire, je file aussi vite que le peuvent mes deux index, chercher ceci:
    . »Voici par exemple l’incipit du roman de Flaubert Bouvard et Pécuchet : « Comme il faisait une chaleur de trente-trois degrés, le Boulevard Bourdon était absolument désert. » (in ASP)
    La mention « trente-trois degrés » annonce le thème de la science, le nom « Bourdon » évoque d’emblée le climat de tristesse qui sera celui de tout le roman, l’expression « absolument désert » fait écho à l’irréalité du laboratoire (lieu important du récit). »… tu parlais incipit?
    Alors, je propose ceci: Une foule bavarde et bigarrée s’engouffra dans la galerie.
    C’est léger, c’est, c’est…
    Crissement de mes freins donc avec juste cette pensée que je poste car elle s’impose à moi ce soir:
     » Il n’est plus ici donc il est ailleurs mais nous sommes toujours là… »
    S’cuse, paraît que je bavasse trop… parfois….

  3. Je me suis laissée happer par ces pensées, je les ai regardées passer et à la fin, les miennes, de pensées, ont pris le relais. Et soudain j’étais moi aussi dans ce wagon à éprouver / me souvenir de cette sensation d’être un grain de sable anonyme dans une mer de gens. Ami écrivain, j’ai aimé!

  4. « Il y a trop de particules fines dans l’air. Je sors avec mon parapluie. »
    « Il fait froid. Je pense au Mali et j’enfile mon manteau. »
    « Il neige sur les fleurs précoces du cerisier. C’est très beau, alors je fais une photo pour Facebook.
    Demain les fleurs seront mortes de froid. »
    Ces trois phrases pourraient très certainement tenir lieu d’incipit. Je les lis et je peux déjà imaginer des personnages agir dans l’élément virtuel du texte.

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