Une vague, hôtel de la Marée

Dans la salle du restaurant de l’hôtel de la Marée, le soleil se reflète encore sur la cuillère à soupe dont Robert se saisit frénétiquement afin de – justement – la plonger dans son assiette de soupe à la tomate – de saison & maison, comme l’indiquait la carte du menu – qu’il a choisi comme entrée pour son dîner, dîner commandé après avoir attendu héroïquement huit heures du soir, le serveur ne se présentant pas et la patronne finissant par noter ses volontés, lui, mort de faim, qui jouit encore de l’étonnement qui le surprend quotidiennement depuis qu’il est ici  : il fait encore jour en mai à Royan quand il fait nuit à Saigon.  Les saveurs de la soupe le font sourire et deux tables plus loin Laetitia le regarde en se demandant si elle ne devrait pas tester cette soupe à la tomate, choix qu’elle trouve incongru dans un hôtel-restaurant qui s’annonce spécialiste des produits de la mer, mais qui lui donne une singulière envie de soupe, elle qui croyait détester ça, et qui regarde de son air volontairement candide la patronne, que tout le monde appelle Françoise, lui servir le verre de Chardonnay qu’elle a demandé afin de prendre le temps avant de commander son repas. Françoise se demande ce que peut faire Pierre, au lieu de l’aider comme cela était prévu sur le planning. Elle s’inquiète aussi du nombre de commandes de soupe à la tomate de saison & maison, le breuvage a beaucoup de succès. Pierre, ce matin avait proposé que l’on nomme le plat « potage » et elle avait refusé car la soupe n’est pas un potage, et il ne faut pas mentir au client. Elle avait certainement eu raison car tout le monde en voulait, de sa soupe, ce qui n’aurait peut-être pas été le cas du potage, mais qu’allons-nous faire des huîtres, se dit-elle inquiète, alors que Pierre se regarde dans le miroir de la salle de bain de la chambre 105, pensant qu’il lui serait impossible de descendre dans la salle du restaurant sans ressentir une certaine gêne (honte, amusement, orgueil et un peu de fierté mélangés) quand il faudrait prendre la commande de la locataire de la chambre 105 à qui il faudrait aussi rendre ses clés. Il ne se souvient pas bien de son prénom. Le nom, il le connaît par déformation professionnelle, mais le prénom? Françoise va le tuer quand il apparaîtra, avec un regard lanceur de flèches empoisonnées. Elle note la commande de la cliente de la chambre 105, qui prend finalement des huîtres et abandonne l’idée initiale de la soupe à la tomate. Laetitia entend Françoise s’exclamer avec une sorte de joie « enfin te voilà » quand Pierre entre dans la salle en s’excusant. Elle l’observe qui reprend tout de suite le service avec efficacité et s’amuse de sa façon de poser les clés de la chambre, l’air de rien. Cela l’a fait rire, il est bien mignon ce petit con puis, soudain, son sourire se fige, ses lèvres s’ouvrent et son visage exprime la surprise de la révélation car elle se rend compte que Pierre ressemble à l’homme à la soupe. Elle tourne son visage vers Robert, qui a terminé la soupe et attend que le serveur lui apporte son filet de bar. Il se demande si peut-être il ne serait pas  temps, enfin, de prendre contact avec lui.
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