Phrase d’un vagabond aux policiers qui l’ont interpellé

« Devant le ciel que je jugeais chafouin, à défaut de lui trouver un adjectif plus représentatif de mon agacement, je me résolu à changer mes projets de dormir sous une voûte céleste non étoilée – si tant est que l’on puisse appeler ainsi mon obligation de vagabonder (obligation ou incapacité à trouver une autre occupation que celle-ci) – et fus assez heureux de parvenir à découvrir cette petite maison dans laquelle, je l’avoue, j’entrais par une voie non officielle, ou sans clé si l’on préfère, afin de vérifier qu’elle était libre pour ce soir, ce qu’elle était, libre, sans être abandonnée puisque tout le confort moderne s’y trouvait installé, ce qui, après quelques jours d’errance malheureuse, me parut une aubaine à saisir – vous imaginerez, ou pouvez imaginer, du moins, que je le fis – tout en commençant à envisager de résoudre le second problème dans l’ordre des priorités que je ne manque pas d’établir, c’est à dire que je ne m’éloigne pas trop de cet ordre, je veux dire, je veux parler de manger, ou me nourrir,  me sustenter, du moins, car j’y parviens déjà difficilement, d’où je ne dirais pas que je me goinfre souvent, et, donc, puisque la maison était électrisée et gazeifiée, et que la cuisine se targuait de posséder une table de cuisson, il me semblait envisageable d’explorer les placards et les réserves à la recherche de denrées perdues, ou oubliées, à la rigueur délaissées, qui trouveraient dans l’idée même de me nourrir une joie toute relative à leur état de nourriture, et cette recherche, fébrile mais ordonnée, se solda par l’immense surprise de ne pas trouver autre chose que des montagnes de conserves de pâté pour chats, chats, ainsi que félins, non présents dans la maison ou le jardin, et donc, pure logique, ayant délaissé cette formidable source de protéines pour des morceaux plus nobles, me laissant ainsi la possibilité de découvrir des recettes savoureuses et malines pour accommoder une gelée parsemée de viande d’origine chevaline dans le meilleur des cas ou, au fond les chats s’en délectent bien, de compositions à base de rongeurs, reptiles, insectes et autres aromates (herbe à chat), recettes donc, qu’il me fallu inventer, mais qui se sont avérées bien goûteuses : fingers de pâté sauce tomate, pâté frit aux oignons et sa croûte de moutarde et poivre, carpaccio de pâté au lapin au vinaigre balsamique. »

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3 réflexions sur “Phrase d’un vagabond aux policiers qui l’ont interpellé

  1. A reblogué ceci sur difference propre and commented:
    Un superbe petit article de Remymercy.
    Je ne sais pas s’il est authentique, ce discours d’un vagabond aux policiers, mais il est magnifique.
    C’est un peu de merveilleux dans le quotidien. Pourtant les gens, nous, n’aimons pas que notre résidence soit visitée. Nous le prenons comme une sorte de viol, et cela mème si le visiteur a été respectueux.

    Les quatteurs sont une plaie pour les propriètaires privés. Dégradations, difficultés pour vendre le bien sont des consèquences non négligeables dans la vie des personnes.

    D’un autre coté la plaidoirie de ce vagabond renvoie aisément à l’abbé Pierre, au DAL à l’heure actuelle. On comprend qu’il y a là un antagonisme d’intèrêt que la morale peine à résoudre. Le droit de la propièté se trouvant de plus en plus souvent en opposition avec celui de la dignité humaine.
    Allons plus loin, les roms, les campingcaristes, et autres nomades, comme les vendeurs itinèrant sont de plus en plus soumis à l’opprobre.
    Sans parler des populations en mouvement, immigrés, réfugiés…
    Il semblerait que nous en soyons plus en mesure d’accepter le mouvement, le dérangement des institutions. Comme si ces institutions prenaient le pas sur les hommes qui la composent.
    Comme si nous revenions vers un ancien régime.

    Le levier qui nous pousse et nous poussera de plus en plus si nos façons de penser le monde et la socièté n’évoluent pas, c’est le chomage, ou le travail selon qu’on voit la bouteille vide ou pleine, qu’on regarde la socièté d’en bas, ou qu’on y voit des faces souriantes.

    Bon peu importe, j’ai pensé à ce faits divers.
    http://www.bfmtv.com/societe/tente-braquer-pole-emploi-un-desodorisant-a-vanille-465410.html
    et aussi à ça

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