Comment Louis fait des rencontres dans le métro

A la vue des ongles, dans le métro, Louis sortit soudain sa conscience du brouillard consécutif à l’heure matinale à laquelle on le forçait à se lever pour se rendre à son travail et au manque de sommeil fatalement lié à sa sortie de la veille (il ne voulait pas y aller, mais Jean avait été, encore une fois, et comme presque tous les soirs, convaincant). Et quels ongles! N’étaient-ce pas de beaux petits fruits de ceux qui ouvrent l’appétit? Réguliers, parfaitement taillés, limés, vernis de rouge écarlate, rouge si bien appliqué que l’on ne voyait pas la trace du pinceau, qu’il semblait la couleur même de la chose, que sa surface reflétait la lumière comme un bijou, donnant des doigts sertis par le meilleur des joailliers, ces ongles, donc, offraient une vue irréelle et nouvelle à ce matin-là dans le métro. Ils invitaient à découvrir les doigts fins qui avaient l’honneur de les porter, des doigts longs, délicatement posés sur la barre verticale du métro sous ses yeux à lui, comme un faire-valoir, comme une revendication à détrôner les marbres du Bernin ou de Canova : blancheur diaphane du marbre mais sculptés de tous ces petits détails qui font la vie; ces doigts étaient de ceux dont les anges aimeraient être dotés, même porteurs de fruits diaboliquement tentants ; ils devaient pousser sur une main fertile, mais la paume tenait la barre : elle ne pouvait pas être vue.
Louis se résolut à poursuivre l’exploration des causes de ce miracle matinal en longeant du regard l’avant-bras, tout de marbre lui aussi, fin et lisse. Cette impression se renfonça quand il vit entre le coude et la main un petit grain de beauté assez clair mais focalisant le regard, petite île de chocolat sur une peau laiteuse et tendre. Il lui fallait continuer son étude, tout cela l’attirait de plus en plus. Son regard glissa presque amoureusement vers l’épaule en remontant le bras décidément nu. Là, surprise. Un terrain gras miné de trous, une peau qui pend, des traces de marbrures bleues, des espérances blessées, soudain, une perfection des branches qui se gâte au constat des origines et, donc, le besoin d’avoir une vue d’ensemble, de se rendre compte de la taille hallucinante des seins, d’étouffer, presque, en constatant la silhouette monumentale : la main fruitée n’était que la délicieuse fleur d’un arbre gigantesque dont la tête le regarde.
Louis avait dû rougir mais il ne se souvient plus. La jeune femme lui souriait. Ils se regardaient droit dans les yeux, et lui avait su qu’il était inévitable qu’ils se parlent sans pour autant parvenir à articuler un son. Et ce fut bien elle qui lui dit : je m’appelle Blanche. Comme Blanche Neige avait-il répliqué. Oui, si on veut, avec quelques kilos en plus peut-être. Et puis ils étaient allés boire un café.
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4 réflexions sur “Comment Louis fait des rencontres dans le métro

  1. J’aime bien l’idée que Louis ne refuse pas le contact à la fin, que l’humanité surmonte l’autre chose.
    L’autre chose est schizophrène, le cheminement du regard me fait penser à american psycho, ou à ces vision totalement manipulée d’un certain cinéma sensationnaliste, amèricain surtout. C’est bien.

    dans le dernier paragraphe il manque un T quelque part, et aprés « inévitable », un subjonctif imparfait pouvait se justifier, mais l’indicatif présent que tu as choisi est courant aussi, bien sur, et plus simple.
    « qu’ils se parlassent », qui parle encore comme ça ?
    Louis est un psychopathe – la femme qu’il découvre à travers une vision parcellaire, qu’il élargit parce que le corps de la dame s’élargit, n’a pas réellement d’initiative, elle n’est que l’objet de son intèrêt, et elle parait en être contente.
    En fait l’humanité n’a pas du tout encore gagné.

    • (suite)(je dois aider plus le lecteur) c’est ce que souligne l’indicatif plutot que le subjonctif. Dans le point de vue que tu as adopté.
      Alors bien sur tu vas me dire, mais ils vont prendre un pot après, donc l’indicatif !
      oui mais au moment de l’échange de regard, on n’est pas sensé savoir.
      D’où la schizophrènie, apparente, à mes yeux, elle, et lui non plus d’ailleurs, n’ont pas de libre arbitre, ils agissent mécaniquement.
      Leurs destins s’accomplissent, boum ils se parlent inévitablement, alors ils se sont parlés.
      Louis est un grand malade et il va découper cette fille en morceau, pour mettre son avant-bras dans son congèl’. 🙂

      • Merci pour tes commentaires!
        J’ai trouvé le T manquant! Il se résoluT (corrigé). Espérons qu’il n’y a pas d’autre coquilles!!!

        Sinon, « qu’il se parlent »… eh bien! c’est aussi le subjonctif présent. Mais je comprends ta remarque. Je me demande si une tournure plus complexe n’aurait pas été plus juste et plus intéressante : Etait-il envisageable qu’il ne se parlent pas?

        Enfin, j’ai trouvé une autre utilisation exotique de la conjugaison dans mon texte : Louis avait dû rougir mais il ne se souvient plus. Cela renforce le côté schizophrène, il me semble. C’est une incursion dans le présent qui ne se justifie pas, et qui laisse imaginer qu’il a dû se passer quelque chose qui justifie l’appel au souvenir.

        En tout cas, merci!

      • Oui c’est aussi un subjonctif, je sais, mais ça ne se voit pas , alors à quoi bon ? 🙂
        Je trouve ton texte très bien comme il est, je cherche tout le temps les occasions de pratiquer le subjonctif imparfait (hahaha), c’est tout.

        Oui ces petits défauts ouvrent des petites déchirures dans ton récit. Les noter est moins intéressant que de réfléchir à ce qu’elles indiquent.

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