Trompettes – extraits du Journal d’un condamné

Lundi 15 juillet 2013

Trompettes. Oui. Ce sont des trompettes. Elles regardent dans un silence sans odeur le patient du Docteur Marcopi s’approcher du cabinet de ce dernier.
Le grillage vert est recouvert de lianes dont les fleurs aux corolles blanches ou légèrement rosées annoncent en fanfare muette les nouvelles monstrueuses du Docteur Marcopi.
Grillage? Des tiges métalliques qui se croisent perpendiculairement en formant des rectangles longs tels les cierges qui ne se sont pas consumés. Les frêles lianes sont parvenues à déployer assez de force pour les plier à certains endroits : les cierges deviennent sabliers ou couronnes ornées de trompettes et de feuilles. Le patient sait très bien ce que Marcopi va lui demander en lisant les analyses : Monsieur Martin, avez-vous pris sérieusement votre traitement ?
Monsieur Martin, le patient inconséquent, autant le dire, c’est moi. Et je préfère être clair : je savais ce que je faisais en arrêtant la trithérapie. Je connaissais l’impact sur mon système immunitaire ; du reste, qui ne sait pas de nos jours ce qu’est le SIDA? Qui ne sait pas qu’on en meurt?
Mais j’avais un projet : j’espère bien écrire tous les détails de mon agonie. Le livre sera publié après ma mort, de fait. Mais ce sera un succès, c’est à prévoir, une gloire posthume dont je n’ai que faire sauf pour mon livre : je n’écris pas pour être célèbre mais pour être lu…
Mon éditeur est au courant du projet et il va sans dire qu’il est très emballé. C’est génial,  m’a-t-il dit. Il n’a pas compris mon obstination dans la négociation de mes droits car je n’ai pas de famille ; à qui cela pourra-t-il bien bénéficier? Au fond, je n’en sais rien moi-même mais c’était une question de principe. Il me fallait négocier ces droits. Je crois que ce sera au bénéfice d’une association qui en a vraiment besoin. Pourquoi pas la SPA…Ceux qui me liront l’auront certainement appris par la presse (ou un autre moyen de communication car qui, aujourd’hui, lit encore la presse?), et pourront donc juger de mon choix.
Alors : j’ai bien choisi? Vous êtes prêts à en savoir plus sur mon agonie? Autant le dire : ça n’a pas commencé tout de suite… En tout cas pas chez le docteur Marcopi.

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