amour en cliché, dans un parc

Le bel Apollon la regardait avec un sourire serein. Elle commença par être gênée, ne comprenant pas tout de suite son insistance,  mais se sentit assez rapidement aussi belle qu’Aphrodite. Plus belle encore peut-être. Elle se pâma, comme on dit ; à moins que, se dit-elle, à moins que le verbe ne soit trop fort pour décrire son sentiment. Mais tout de même c’était très fort.
Ses yeux dans ses yeux. Il se trouvait à dix mètres devant elle, mais cela suffisait. Elle se noyait, espérait qu’il se noyait aussi, au moins un peu, tout en refusant qu’un tel homme puisse se noyer. Elle, oui. Elle, elle en avait envie, de se noyer, pour qu’il la sauve ; ou peut-être pas, car elle aimait bien ça, se noyer dans les yeux du bel Apollon. Elle n’avait pas l’impression de suffoquer, mais plutôt de respirer l’eau claire et fraiche de ses yeux.
Quelle situation surprenante! Elle s’amusait à l’idée de ce qu’ils diraient à leurs amis ou parents pour raconter leur rencontre : son regard a croisé mon regard, et c’était l’évidence, j’étais celle qu’il recherchait, il était celui que je cherchais ; nous avons tout de suite compris qu’il nous fallait se parler et se présenter l’un à l’autre… On était un peu maladroits à ce moment-là, c’était si intense, si beau, si incroyable!
Mais elle ne devait pas trop anticiper. Pour l’instant Apollon la regardait seulement et elle lui rendait son sourire, et rougissait, un peu ; fais pas ta mijorée, pensa-t-elle. Mais si c’était un mufle? Pire un Serial Killer? Un dragueur en série ? Non non non. Pas lui. Il était trop beau, trop pur. Avec ses cheveux légèrement bouclés, sa bouche généreuse (Ah! qu’il devait bien embrasser!), son corps athlétique mais pas gonflé, ça sentait le vrai mec. Celui qui ne passe pas des heures à se glorifier devant un miroir. Celui qui est naturellement beau, bien, fort… Apollon, quoi.
Il s’approcha, enfin, alors elle frémit. Qu’allait-il se passer ? Mon Dieu, c’était un peu comme s’il avait tendu son arc, l’avait visée, puis avait décoché la flèche avec une violence telle que son coeur à elle avait explosé. Cet amour me tue, pense-t-elle, tout en se rendant compte que l’arc, les flèches et tout ça, était représentatif de Cupidon, pas d’Apollon, mais bon, qu’importe : elle ne risquait pas de tomber amoureuse d’un gamin avec des ailes et un tout petit zizi. Elle gloussa à cette idée avant de se ressaisir. Apollon himself s’avançait vers elle, tout de même. Il fallait s’y attendre, c’était le genre à prendre des initiatives, à prendre les choses en main. Il l’aborderait, lui dirait quelque chose de gentil. Elle l’éconduirait gentiment, pour les convenances, tout en laissant la porte ouverte, et engager ensuite la conversation. Il iraient boire un verre, puis….
Puis il passa à côté d’elle. Puis il s’assit à côté d’une jeune femme, très belle, sur un banc, là-bas, sous un arbre, à côté d’une fontaine dont les statues représentaient de petits amours virevoltants. Puis il l’embrassa…
Aphrodite déchue et quelque peu abasourdie se consola en imaginant que le type devait avoir un strabisme divergeant.

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