Bill deviendra grand… deuxième extrait

Allez, un autre extrait qui se trouve au début du roman

Bonne lecture.

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Le lundi suivant, comme à son habitude, Bill arriva à son travail à neuf heures précises. Tout était réglé pour que la musique du quotidien ne souffre pas d’impromptu. Il sortait de l’ascenseur, au sixième étage de l’immeuble de FINAMOB, averti par une voix chaude et sensuelle qui susurrait: «Sixième étage », au cas où l’on se serait trompé de bouton. Il tournait à gauche, deux fois, puis à la première porte à droite, pointait son badge de la main gauche vers la petite diode encastrée dans le mur au niveau de la poignée. Il appuyait sur le bouton symbolisant «ouverture» et un petit bruit sec indiquait qu’il pouvait pousser la porte.

À sa droite, le bureau de l’informatique. Jean- Christophe était déjà installé et semblait concentré dans la lecture de signes cabalistiques défilant sur l’écran de son ordinateur. « Salut, JC, ça va ? » JC, car l’informaticien était souvent « le sauveur ». Bill entrait ensuite dans son bureau. Cérémonial d’ouverture: il ôtait sa veste (et l’hiver, son manteau), et pendait le tout à un crochet vissé sur une armoire à classement. Systématiquement, il ajustait son nœud de cravate, pour qu’il soit légèrement de travers. La perfection fait peur. Bill le savait bien.

Il cherchait alors son badge. Il le perdait tout le temps. Il devait fouiller ses poches, son sac… Et une fois le petit objet trouvé, il fallait appuyer sur le bouton « 5 » puis sur le bouton rouge. Les stores se repliaient alors automatiquement, laissant entrer la lumière du jour. S’il faisait trop sombre, il appuyait sur le bouton rouge, et la lumière s’allumait… Il partait alors en direction de la machine à café située en face de son bureau, dans une alcôve jouxtant la porte d’entrée. Il déposait un gobelet en plastique blanc sous l’orifice qui permet au café de s’écouler, se saisissait d’une capsule noire « Ristretto » qui contenait le stimulant amer et nécessaire à boire absolument en arrivant. Il la plaçait dans une sorte de petite cage qu’il fallait refermer d’un coup sec. Sacrifice immonde lorsque l’on constate l’état de la capsule après utilisation, mais sacrifice utile au bon déroulement de la journée. Il appuyait ensuite sur le bouton vert qui, lui, n’avait pas encore migré sur son badge puisqu’il servait alors de grain de beauté à la machine à café. L’usine à énergie se mettait en branle dans un vrombissement qui ne manquait pas de surprendre Bill, car mettre tant de zèle à produire si peu de liquide lui évoquait chaque fois Stakhanov. Et de fait, pour extirper la substantifique moelle de la capsule, la machine, qui n’avait probablement rien compris au taylorisme, avait besoin d’un temps extrêmement long que le jeune cadre mettait à profit, lui, disciple de l’efficacité, pour faire le tour de l’étage.

– Service paie : une petite blague.

– Direction Ressources Humaines : film / pièces de théâtre / opéra / bouquin… On en parle à l’occasion ?

– Assistantes de direction : nouvelle petite blague différente de celle du service paie au cas où ils communiqueraient.

Normalement, au moment même où Bill retournait à la machine à café, la dernière goutte tombait de l’orifice. De la fumée sortait d’on ne sait où, et une forte odeur de sueur caféinée se dégageait de la pauvre bête exténuée. N’était-on pas inhumain de lui demander tant d’efforts ? Car elle n’était qu’à un des premiers cafés produit sur la série incalculable qui lui serait demandée dans la matinée, puis l’après-midi.

En général, c’était le moment que choisissait son chargé d’études préféré pour arriver. Pendant que Jean préparait la machine pour un nouvel effort colossal, il discutait avec lui… Film, théâtre, opéra, bouquin… On en parle à midi ? Le café de Bill refroidissait, mais pas trop, car ce dernier connaissait instinctivement le temps idéal pour qu’il soit parfait. Retourné à son bureau, il s’asseyait, allumait l’écran de son ordinateur tout en portant le gobelet à ses lèvres.

La journée chez FINAMOB pouvait commencer.

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