LE PONT LEVANT DE LA RUE DE CRIMÉE- Chapitre I – épisode 2

Nous en sommes là. François et sa mine déconfite ; François et son trouble, François qui commet l’erreur de passer sa main dans ses cheveux graissés : ils s’en trouvent tout ébouriffés. Il s’en rendra compte bien plus tard dans l’ascenseur qu’il prend pour atteindre son bureau. Il sortira alors de l’état dans lequel il s’est mis suite à sa mésaventure.
Cela arrivera dans trente minutes (si le réseau de transports parisiens ne rencontre aucune difficulté). Pour l’instant, François Cassard doute. Ce qui lui plaisait en partant de chez lui, c’était l’idée que le pont serait levé, qu’il y avait un ordre à tout cela. Voilà deux semaines qu’il habite le quartier et qu’il emprunte ce chemin du lundi au vendredi, tous les matins dans un sens, et tous les soirs dans l’autre sens. Le premier mardi : le pont était levé à huit heures trente. Le deuxième mardi : le pont était levé à huit heures trente. Le troisième mardi : le pont devait être levé à huit heures trente. Il est manifestement baissé, la série est ainsi rompue : il ne traversera pas le canal par la passerelle ce mardi matin à huit heures trente.
Il continue à réfléchir à tout cela. Qu’est-ce qui le mettait en joie ? Utiliser la passerelle. Qu’est-ce qui l’attriste ? Se trouver sur le pont… Il n’est pas trop tard. Il pourrait tout de même faire le détour et prendre le chemin dont l’idée lui embaumait le cœur, même si d’un point de vue purement logique cela serait absurde.
Alors que faire : rebrousser chemin et prendre la passerelle, ou continuer sur le pont ? Il se trouverait ridicule de reculer, même si, au fond, il pense que personne ne l’observe. Il décide donc de continuer sa route sur le pont, puis disparaît dans la rue de Crimée.
Cet épisode peut faire dire que François Cassard serait un narrateur admirable. Il possède le sens de l’observation et la volonté de synthèse. Il recherche un sens à l’ordre du monde ; il est curieux et assez calme pour aller au bout de sa détermination. François se plaît à comparer, à regarder, à détailler, à déduire. Mais il n’est pas le narrateur. Quelqu’un d’autre se charge de conter ses agissements, ses agitations et ses perturbations. Par exemple, le narrateur vient de décrire le malaise de François, quand il s’est rendu compte que ses conclusions sur la régularité des mouvements du pont levant de la rue de Crimée étaient fausses.

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